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Titre du blog : Balkanikum
Auteur : Balkanikum
Date de création : 14-08-2008
 
posté le 15-04-2011 à 22:31:46

Un témoignage parmi d'autres à propos de la condamnation d'Ante Gotovina. C'est un témoignage un peu décousu mais où on retrouve un peu de tout : les anciens combattants aigris, la plupart des gens qui en réalité sont indifférents, les profiteurs de guerre qui rôdent et continuent de se servir des événements... 

 

 

Un ancien combattant : je n'ai plus envie de vivre en Croatie ! 

 

 

Josip Širić, membre du bataillon des Tigres et ayant fait partie des soldats qui se sont battus sous le commandement d'Ante Gotovina, est complètement bouleversé. Il a eu une algarade avec Ivan Vekić, ministre de l'intérieur à l'époque de la guerre, alors que celui-ci tenait un discours sur la place du ban Jelačić, car il le perçoit comme faisant aussi partie intégrante de cette politique pernicieuse qui l'a conduit à un tel désespoir.

"Il me reste juste à me pendre sur la Place du ban Jelačić. C'est à sortir une corde pour se pendre sur la Place du ban Jelačić, moi et tout ceux qui pensent avec sincérité", dit-il, remué, tandis que ses yeux se remplissent de larmes.



Je ne suis pas un nationaliste

"Je ne suis pas un nationaliste. Avec moi se sont battus 14 soldats de nationalité serbe, l'un est même mort, alors que les Grands Croates étaient assis à Vienne et en Allemagne [allusion à la diaspora nationaliste qui a rappliqué pour s'emparer des postes avantageux au début de la guerre, N.D.T.]. C'est eux qui ont fait cela. Et voyez ce qui arrive maintenant ! Dire qu'il me faut entendre un pareil jugement ! Ici il aurait fallu qu'il y ait cent mille personnes pour montrer combien les gens tiennent à la Croatie [allusion au petit nombre de protestataires, un petit millier]. Mais pensez-vous, pour eux il n'y a que les cafés, ils s'en moquent de savoir pourquoi les gens sont morts", dit-il tout en promenant son regard autour de la Place du ban Jelačić.

"J'ai gueulé aujourd'hui sur ce Vekić, car qu'est ce qu'il peut bien avoir à nous dire puisque ce sont eux qui ont déconsidéré la Guerre patriotique [la guerre d'indépendance croate] après l'année 1992 ? Où était-il ? Je lui ai dit de descendre de l'estrade. On n'a pas besoin de tels discours, ni en faveur d'aucun parti. Ce n'est pas à un Dečak [général croate] à me dire quelque chose ! J'ai monté la garde pour Tuđman, ensuite ces gens du HDZ m'ont dit que j'étais un élément hostile à l'Etat. De honte je ne sais que faire".



"Même la Chine n'a pas 107 généraux comme nous... à quoi bon je m'étonne alors".

Il pense que le Tribunal de La Haye est politisé. "Cette bande, dit-il à propos du gouvernement, ne s'en ira pas parce que pour eux l'important c'est l'Union européenne. Et comment intervenir maintenant ?"

"C'est nous qui avons été attaqués et c'est nous qui sommes les agresseurs ! Comment pouvez-vous dormir avec ça ? Moi je ne peux pas !" proteste-t-il. Il est convaincu que Gotovina n'aurait jamais dû être condamné.

"J'aurai voulu partir à sa place, qu'on me juge plutôt que lui. Ante était mon commandant et il n'y a personne qui puisse le pointer du doigt ! Čermak était un homme de bureau et il n'aurait pas dû recevoir le grade de général. S'il y avait eu ne fut-ce que cinq généraux dans l'armée, on n'en serait pas arrivé là. Or des généraux dans l'Armée croate il y en a 107 ! Même la Chine n'a pas ça. A quoi bon je m'étonne alors", déclare Širić.



"Gotovina n'a pas permis qu'on s'en prenne aux civils"

"Les gens ne savent pas comment cela se passait sous le commandement d'Ante Gotovina. Si cet homme avait su qu'on tuait des civils... - moi j'ai vu cela, les gens ont fait ce qui n'aurait pas dû être fait - s'il avait su, il l'aurait empêché. On l'a condamné parce qu'il fallait un bouc émissaire dans le gouvernement. Et maintenant quoi ? Maintenant nous sommes des éléments hostiles à l'Etat", dit-il.

"J'ai été un commando et je sais très bien ce qu'est un crime et je n'ai pas permis aux gens de faire cela. En Slavonie dans les villages j'ai vu des abominations, mais je n'ai pas touché à des civils. J'ai vu des abominations inimaginables, l'assassinat brutal de femmes et d'enfants, et je suis resté normal et n'ai pas voulu touché aux civils", déclare Širić.



"Si l'on avait été au nombre de 500.000 armés de couteaux, on aurait mis en pièce six Serbie"

Ce qui le peine le plus est le sentiment que le pouvoir s'est servi de lui, et il condamne tout ceux qui ont profité de la guerre.

"On nous dit que l'on était 500.000 ! [allusions au nombre officiel de 500.000 combattants dont une grande partie a été créée au fil des ans comme clientèle fidèle du HDZ]. Mais bon sang, si l'on avait été 500.000, et que l'on nous ait donné à chacun un couteau, on aurait mis en pièce six armées d'agresseurs !" lance-t-il avant de continuer :

"Cela me fait mal parce qu'en 1990 nous sommes venus sur cette même place du ban Jelačić, en tenue de combat et avec des šahovnica sur la tête [le drapeau à damier rouge et blanc, emblème des Croates]. Ici ! Face à nous la milice et la JNA ont décampé. Eux [les profiteurs de guerre] nous ont distribué les grades en 1991 et ils se sont répartis les bureaux, personne n'est monté en première ligne sur le front. Nous sommes partis à la guerre pour créer cet Etat, mais pas un pareil... pitoyable et piteux. Cela me peine que les gens soient dans les cafés, ignorants ce que nous avons traversé à cette époque. Deux fois j'ai été blessé et ils m'ont suggéré de déclarer que je suis fou, qu'ainsi avec le TSPT je touche une pension de 10.000 kunas. Je leur ait dit "non" et j'ai reçu 3.000 kunas. Et je travaille ! Oui je travaille parce que je n'ai pas été élevé pour faignanter ! Je suis un homme hautement instruit", dit-il. Dans le bataillon des Tigres, précise-t-il, 300 personnes ont perdu la vie.



"J'ai envoyé ma femme et ma fille en Belgique pour qu'elles n'aient pas à vivre avec la bande"

Il considère que les manifestations n'ont aucun sens, en particulier les attaques contre des policiers.

"C'est une vraie catastrophe. Qu'est-ce qu'on irait faire demain aux manifestations ? [en référence aux diverses protestations annoncées de-ci, de-là]. Quelle tournure cela aurait pris si en 1990 il y avait eu autant de gens ? Les Serbes nous auraient écrasés ! [j'ignore ce qu'il entend par là, N.D.T]. A quoi bon manifester lorsque tout passe par les partis !", dit-il. Il plaide pour que la guerre ne se répète jamais.

"On n'a pas le droit d'aller les uns contre les autres, pas avec des fusils. Si vous avez une famille et des enfants, alors que Dieu vous garde de traverser ce que nous avons traversé dans la guerre... et de voir ce qui vient de se passer !". Pour lui il n'y a pas d'avenir dans ce pays.

"Et que peut-on y faire après ce qui vient d'arriver ? A qui confier le pouvoir s'ils sont tous des voleurs ? Ils ne regardent que leurs intérêts. L'occasion s'est présentée à eux... Cela me peine pour les mômes qui n'ont plus d'avenir dans ce pays. A qui donner le pouvoir aujourd'hui ? Il faut mettre en avant des gens instruits pour tirer ce pays de la crise. La Yougoslavie devait 30 milliards de dollars, et nous combien est-ce qu'on doit ? A quoi ça rime ? Or la Yougoslavie vivait du tourisme croate ainsi que de tout", déclare Širić.

"Moi j'ai envoyé ma femme et ma fille en Belgique pour qu'elles n'aient pas à vivre dans cette bande qu'est l'Etat [bande étant plus injurieux qu'en français]. Les jeunes dans la dèche se retrouvent avec quoi ? Ils vont manifester. Et pour quoi faire ?", se demande-t-il empli de déception.



"Les gars, moi dans ce pays je ne veux plus vivre !"

"Nous, nous ne pouvons plus sortir Gotovina de là. J'ignore si les gens ont cru l'en sortir. Non il ne va pas pouvoir s'en tirer ! Je le dis de bonne foi, mes potes ouvrez les yeux, ce n'est pas la fin ! Pour moi et pour les gens qui respectent Ante Gotovina, nous qui nous sommes portés volontaire, les gars, moi je n'ai plus envie de vivre dans un tel pays !. [Comme on le voit la fin est assez décousue].

 

 

Source : danas.net.hr, le 15 avril 2011.